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14/01/2012

Désinformation et intoxication

« Irréfutable » titre Libération du 11 janvier, « Génocide rwandais : le camp Kagame innocenté » titre Le Monde du 12 janvier, la presse bien pensante n’a pas été longue à tirer des conclusions bien hâtives des déclarations du juge Trévidic et ce dans le but d’impliquer l’armée française.

Le juge Trévidic en charge du dossier de l’attentat ayant abattu le Falcon 50 du président rwandais le 6 avril 1994, s’était rendu sur les lieux avec des experts pour, seulement, tenter de déterminer l’emplacement d’où les missiles avaient été tirés.

Son rapport qui n’a pas été diffusé privilégie Kanombé où se situe un camp militaire de l’armée rwandaise.

Rien d’affirmatif donc de simples hypothèses basées sur deux témoignages datant de 18 ans.
Un témoin ayant entendu les départs, très bruyants, des missiles l’autre ayant suivi de loin le missile ayant abattu l’avion et l’impact.

Seulement les journalistes ont été écouter uniquement Mtre Bernard Maingain défenseur des sept Rwandais tutsis inculpés par le juge Bruguière après de nombreux témoignages et concluent que Kagame, actuel président rwandais, et les tutsis ne sont pour rien dans l’affaire et que ce sont des extrémistes hutus qui sont à l’origine du génocide.

En fait le document ne permet aucune extrapolation car il ne dit pas qui a, ou qui n’a pas, abattu l’avion présidentiel.

Le 6 avril 1994 vers 20h 30, alors qu’il allait atterrir à Kigali, l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana a été abattu par deux missiles portables SAM 16 or, comme cela a été établi devant le TPIR, l’armée rwandaise ne disposait pas de tels missiles ni de tireurs formés.

L’origine de ces engins a été reconstituée : fabriqués en URSS, ils faisaient  partie d’un lot de 40 missiles SA 16 IGLA livrés à l’armée ougandaise quelques années auparavant. Pour mémoire, Paul Kagamé et ses principaux adjoints étaient officiers supérieurs dans l’armée ougandaise avant la guerre civile rwandaise.

Trouvèrent la mort deux chefs d’Etat en exercice, les présidents Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi,et le chef d’état-major des FAR (Forces armées rwandaises), le général Deogratias Nsabimana, ainsi que quatre autorités rwandaises et les trois membres français de l’équipage.

Depuis cet attentat, deux thèses s’opposent :

1)     Celle de l’attentat commis par des « extrémistes hutu » qui auraient assassiné leur propre président ainsi que leurs propres partisans qui étaient à bord de l’avion afin de pouvoir déclencher un génocide qu’ils avaient programmé et préparé.

2)     Celle d’un attentat commis par le FPR sur ordre du général Kagamé afin de décapiter l’Etat rwandais et disposer d’un prétexte pour prendre militairement le pouvoir.

Le juge Bruguière qui ne s’est pas rendu au Rwanda a rendu une ordonnance (novembre 2006) dans laquelle il accuse le président Kagamé d’avoir ordonné l’attentat qui coûta la vie à son prédécesseur. Il lança alors des mandats d’arrêt contre sept tutsis dont Kagame.

Le juge Bruguière se fondait notamment, mais pas exclusivement, sur les déclarations et témoignages de plusieurs transfuges tutsis qui lui donnèrent force détails sur l’opération, dont les noms des membres du commando ayant abattu l’avion. L’un d’entre eux, Abdul-Joshua Ruzibiza, répéta ses accusations, sous serment cette fois, devant le TPIR et les procès verbaux des audiences concernées sont très clairs à ce sujet.

Le document remis aux parties par le juge Trévidic le 10 janvier remet-il en question cet exposé du dossier ?

Non, car la seule nouveauté qu’il contient concerne le lieu du tir des deux missiles. Selon le rapport d’expertise, ce lieu se situerait « probablement » dans le camp militaire de Kanombe, soit à une distance d’à peine deux à trois kilomètres de la ferme de Masaka identifiée comme point de tir par le juge Bruguière. De plus, et il est important de le préciser, cette « probabilité » n’est pas apparue aux experts balistiques à la suite d’une démonstration, mais par élimination et en raison des arguments de l’expert acoustique, ce qui devra être étayé lors de la contre-expertise.

Le juge Trévidic va maintenant devoir confronter ce rapport d’expertise aux autres éléments du dossier.

Ils va ainsi devoir résoudre la question des étuis des deux missiles trouvés à Masaka, la question étant de savoir s’ils y ont été abandonnés par les tireurs de l’APR, ce qui ramènerait l’accusation dans le camp de Paul Kagamé, ou si, après avoir abattu leur propre président, leur propre chef d’état-major et leurs propres amis, les « extrémistes » hutu les y auraient déposés afin de faire croire à la responsabilité de l’APR/FPR.

Ils vont également devoir comparer le rapport d’expertise et ses « probabilités » à ceux des témoignages contenus dans le dossier et qui donnent avec une grande précision et une impressionnante quantité de détails le lieu du tir, à savoir Masaka, ainsi que les noms des deux tireurs et des membres de leur escorte, la marque et la couleur des véhicules utilisés pour transporter les missiles depuis l’Ouganda jusqu’au casernement de l’APR situé au centre de Kigali et de là jusqu’au lieu de tir à travers les lignes de l’armée rwandaise, ainsi que le déroulé minuté de l’action.

L’amusant dans cette affaire est de voir ces journaux de gauche se porter au secours d’un autocrate, ayant pris le pouvoir à la suite des massacres et qui gouverne le Rwanda d’une main plus que ferme.

 

NB   Cet article est largement repris de « l’Afrique Réelle » de Bernard Lugan à laquelle je collabore.

www.bernard-lugan.com

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