24/05/2012
Le chemin de Damas
La crise syrienne que l’on veut nous présenter comme une simple révolte contre un pouvoir despotique, apparaît de plus en plus comme une guerre civile à arrière fond religieux et où les interventions étrangères sont maintenant évidentes.
En particulier de nombreux djihadistes étrangers interviennent à partir du Liban. Encouragés par leurs parrains qatariens, les anciens combattants libyens de la guerre contre Kadhafi constituent l'un des principaux contingents aux côtés des Libanais, des Saoudiens, d'Irakiens, de Koweïtiens, de quelques Algériens et même de Pakistanais.
Les djihadistes considèrent les membres de l'ASL comme des mécréants, qui s'opposent au projet d'édifier un califat. Ils attendent que l’ASL et le pouvoir s’affaiblissent mutuellement pour au final s’imposer.
Les filières de financement du djihad syrien existent déjà, Tripoli en est la plaque tournante, les soutiens viennent d’Arabie Saoudite, du Koweit et du Qatar.
«La révolution prend un vilain tour, souligne un diplomate occidental à Damas. Nous ne pouvons plus prétendre qu'on ne sait pas ». James Clapper, le patron du renseignement américain, impute à la mouvance al-Qaida la plupart des attentats commis depuis décembre. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est déclaré persuadé qu' al-Qaida était derrière les attentats les plus sophistiqués et les plus meurtriers en quinze mois de révolte.
Dans une lettre à l'ONU, Bachar Jaafari, l'ambassadeur syrien aux Nations unies, a mis en cause « certaines régions du Liban devenues un nid de terroristes d'Al-Qaida » Il s’agit du nord du pays et de la Bekaa, foyers d'accueil des réfugiés syriens et terres de passage vers la Syrie.
En même temps la stabilité du Liban est menacée par la fracture entre alliés et opposants au régime de Bachar al-Assad. Des affrontements entre le parti Courant du futur - opposé au régime syrien - et celui du Courant arabe, partisan de Damas ont fait deux morts et dix-huit blessés, dans le quartier de Tarik el-Jdideh, à Beyrouth.
Si on en croit la France Catholique, la communauté chrétienne syrienne est l’objet d’attaques.
Une partie des familles chrétiennes chassées par des hommes armés « takfiristes », du village Qastal Al Borg de la province de Hama au centre de la Syrie n’y sont revenues qu’avec l’intervention des forces de sécurité gouvernementales.
Dmeyneh, un petit village entièrement chrétien sur la route Homs-Qusayr, avec un poste des forces de l’ordre loyalistes situé sur la route principale à l’entrée du village, a été la cible de bombardements venant des groupes armés dissidents. Un obus de mortier s’est abattu sur une maison tuant sur le coup une femme âgée et deux enfants.
Tout cela cadre mal avec l’idée d’un peuple opprimé voulant se libérer par des manifestations pacifiques pour obtenir la démocratie ; en fait la rébellion est fort divisée entre opposants au régime, eux mêmes partagés entre plusieurs courants, frères musulmans et djihadistes.
Peut on espérer que le nouveau gouvernement français trouve son chemin de Damas et finisse par comprendre que la chute du régime al-Assad aurait des conséquences plus regrettables que son maintien ?
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